Nous, soussignés, écrivons en réponse au décret intitulé «Retrait des États-Unis des organisations, conventions et traités internationaux contraires aux intérêts des États-UnisLe retrait des États-Unis de 66 organisations, conventions et traités internationaux, dont 31 entités des Nations Unies, est extrêmement préoccupant et intervient dans un contexte de fortes tensions internationales. Le multilatéralisme doit être renforcé et soutenu, et non rejeté. Ces retraits font suite à plusieurs autres déjà entamés ou finalisés, notamment de l'UNESCO, du Conseil des droits de l'homme des Nations Unies et de son Mécanisme d'examen périodique universel, de l'Organisation mondiale de la Santé et des Accords de Paris sur le climat.
Nonobstant la légalité discutable du retrait de traités ratifiés par le Sénat comme la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC), et les difficultés pratiques liées au désengagement des composantes statutaires de l'ONU, telles que le Département des affaires économiques et sociales des Nations Unies (DESA), le Conseil économique et social (ECOSOC) et le Mécanisme international appelé à exercer les fonctions résiduelles des Tribunaux pénaux, ces mesures compromettent non seulement le multilatéralisme, mais aussi les intérêts des États-Unis.
Par exemple, le retrait de la Commission du droit international ne remet pas en cause l'existence du droit international, mais empêche les États-Unis de contribuer à son élaboration. De même, l'abandon de la Freedom Online Coalition et d'International IDEA prive les États-Unis de leur leadership en matière de démocratie et de droits numériques, permettant ainsi à des régimes répressifs de redéfinir les règles de la communication mondiale. Les conséquences du changement climatique constituent par nature un problème mondial et se feront sentir aux États-Unis, qu'ils soient ou non parties à la CCNUCC ou au GIEC. En se retirant du Registre des armes classiques des Nations Unies, les États-Unis envoient au monde le signal que la transparence est obsolète, encourageant ainsi les flux d'armes illicites qui, à terme, mettront en danger les Américains.
De plus, le communiqué de presse du secrétaire Rubio, qui fustige le prétendu « réseau multilatéral d'ONG », constitue une attaque dangereuse contre la société civile. Cette rhétorique, qui diabolise sans fondement les organisations non partisanes, à but non lucratif et non gouvernementales, associée au démantèlement des structures soutenant les défenseurs des droits humains, met en péril celles et ceux qui œuvrent pour la promotion de la démocratie dans le monde. Les États-Unis ont ouvert la voie à une répression accrue, et le vide qu'ils créeront en se retirant des institutions multilatérales sera sans aucun doute comblé par des acteurs malveillants. Nombreux sont les États qui se réjouiront du retrait américain, y voyant une occasion d'influencer les institutions internationales à leur seul profit.
Conjuguée aux appels du président Trump à porter le budget militaire américain à 1 500 milliards de dollars le 8 janvier 2026, et aux récentes actions des États-Unis au-delà de leurs frontières, notamment au Venezuela et au Nigeria, ainsi qu’aux menaces proférées contre le Danemark et le Groenland, le Mexique, Cuba et la Colombie, cette désaffection continue des institutions multilatérales démontre la volonté de l’administration de poursuivre une approche fondée sur le principe « la force prime le droit », au détriment de la stabilité mondiale, de la dégradation du leadership américain et au prix de grands sacrifices pour les citoyens américains.
Fondamentalement, les États-Unis ont contribué à façonner l'ordre multilatéral international et, au sein de celui-ci, leurs intérêts ont toujours été pris en compte et servis par les institutions. Dans un monde de plus en plus interconnecté, une nation qui privilégie l'isolationnisme à l'internationalisme met en péril sa propre prospérité. En se détournant de ces organisations et engagements internationaux, les États-Unis affaiblissent leur propre influence et rendent le monde plus dangereux.
Ce n'est pas le glas du multilatéralisme, à moins que nous ne le laissions sonner. Il incombe à tous les États – y compris les États-Unis – de respecter la lettre et l'esprit de la Charte des Nations Unies, forgée sur les cendres de la Seconde Guerre mondiale, et de réaffirmer leur engagement en faveur d'un ordre international pluraliste, constructif, inclusif et accessible, qui serve les intérêts de toute l'humanité, dans chaque État du monde, et non seulement ceux des puissances.
Nous appelons le Président et le Secrétaire à revenir sur cette décision et à s'engager auprès de la communauté internationale, dont les États-Unis feront toujours partie, au lieu de s'en retirer.
Signé, par ordre alphabétique,
Signataires supplémentaires :
« Lettre ouverte en réponse au décret présidentiel retirant les États-Unis des organisations, conventions et traités internationaux », Humanistes International