Tous conviennent qu’une situation sans précédent est apparue avec la puissance des armes nucléaires pour provoquer un massacre de masse inimaginable. Les situations nouvelles non seulement exigent, mais tendent également à induire, de nouvelles formes de comportement humain. Mais un comportement approprié ne s’ensuit pas automatiquement. Une nouvelle réflexion est nécessaire. Notre pensée actuelle est effrayée et confuse. Certains souhaitent que les nouvelles armes soient interdites. D’autres insistent sur le fait que l’impasse doit être maintenue parce qu’elle a entraîné pour la première fois une sécurité mondiale précaire. Certains disent que la seule réponse est un gouvernement mondial. Certains ont été amenés au pacifisme inconditionnel. La première étape devrait certainement être de définir clairement quelles sont les véritables alternatives et d’affronter sans détour leurs conditions et leurs conséquences.
Dans le passé, les peuples ont défendu et étendu leurs intérêts vitaux par la guerre et l’empire. Ces moyens, il est convenu, ne sont plus valables ni tolérables. Mais des intérêts vitaux demeurent, et les tentatives pour les défendre et les étendre se poursuivront. Par quelles nouvelles méthodes cela peut-il devenir pratique ? L'histoire montre plusieurs tentatives d'instauration d'un ordre mondial : par l'empire, par un concert des puissances, par la sécurité collective (sur le modèle du Protocole de Genève ou des Pactes de Locarno), et maintenant par l'impasse précaire, peut-être douteuse, de de puissants opposés. Que faut-il retenir de cette histoire et quels sont les types d’ordre mondial qui sont ou ne sont pas adaptés à la situation des armements totalement nouvelle ?
Une nouvelle réflexion visant à résoudre les problèmes et à parvenir à une vision claire des alternatives complexes est nécessaire de toute urgence. Il doit s’agir d’une pensée mondiale et critique, et non idéologique. Il doit s’agir de la pensée d’experts du plus haut calibre dans les domaines politiques, sociaux, philosophiques et scientifiques, issus des esprits formés et de la sagesse de l’Orient et de l’Occident.
Nous avons tous des intérêts vitaux dans le monde à défendre et à développer : comment y parvenir sans détruire toute l’entreprise humaine ? Telle est la question grossière qui exige un ensemble de réponses réalistes.
La réflexion mondiale sur ces problèmes a besoin d’être ciblée et dirigée. Que l’opinion publique soit incitée à exiger une conférence de personnes bien choisies pour donner à cette réflexion un nouvel élan et de nouvelles compétences. Que ce Deuxième Congrès de l’Union Humaniste et Éthique Internationale, résultat de ses propres perplexités et préoccupations, exprime cette demande éclairée.
La Conférence de Genève des scientifiques atomiques doit être suivie d'une conférence plus large réunissant des représentants des disciplines concernées. Cette idée devrait être élaborée. Aucune conférence d’une telle composition n’a jamais été convoquée. Un nouveau modèle de comportement civilisé peut être induit par la pression des événements mondiaux si la voie est clairement tracée. Tenter de le faire comprendre est une responsabilité humaine mondiale qui ne devrait plus être reportée.
Congrès IHEU 1957
« Armes nucléaires (1957) » , Humanists International, Congrès humaniste mondial, Londres, Royaume-Uni, 1957